Emprunts et migrations entre le droit de l’ Union européenne et le droit du Conseil de l’ Europe

Article par Emmanuelle Bribosia (2009)

BRIBOSIA, E., et VAN DROOGHENBROECK, S., “Emprunts et migrations entre le droit de l’ Union européenne et le droit du Conseil de l’ Europe”, in Traduction et droits européens: enjeux d’une rencontre (dir. Bailleux, A., Cartuyvels, Y., Dumont, H., et Ost, F.), Publication des Facultés Universitaires Saint-Louis, Bruxelles, 2009, pp. 133-180.

Le thème de cet ouvrage est né de la rencontre entre un impératif et une intuition. L’impératif, c’est la nécessité de mieux appréhender le processus de construction des droits européens- celui de l’Union européenne et celui du Conseil de l’Europe. A l’heure où l’Europe patine et où le droit ne semble plus à même de jouer le rôle de vecteur d’intégration qu’il a longtemps tenu, il est urgent de s’interroger sur les conditions de possibilité et de légitimité de la production juridique dans une Europe plurielle, composée d’une myriade de foyers de droit qui interagissent dans l’ignorance de toute hiérarchie simple et univoque.

L’intuition, c’est l’idée selon laquelle la figure de la traduction pourrait offrir une grille d’analyse susceptible d’éclairer d’un jour nouveau les mutations du droit contemporain. La traduction s’apparenterait ainsi à quelque chose comme la « grammaire » du « droit en réseau » caractéristique des sociétés actuelles. Dans nos ordres juridiques sans frontières et sans centre, la communication entre les différents acteurs du droit est à la fois plus nécessaire et plus périlleuse que jamais. Invitant à relier sans mélanger, à transposer sans imposer, à connecter sans unifier, le paradigme de la traduction offre peut-être à ces nouveaux défis pour le droit des réponses intéressantes, qui renvoient dos à dos une vision fataliste de l’éclatement des ordres juridiques et toute prétention hégémonique à l’édification d’une nouvelle tour de Babel.

Cet ouvrage se penchera sur la pertinence(I) et sur la fécondité(II) de la rencontre entre cet impératif et cette intuition, entre cet analyseur – la traduction – et cet analysé – la construction des droits européens. Évaluer la pertinence de cette rencontre reviendra à se demander si la production juridique européenne peut être adéquatement observée et décrite à travers le prisme de la traduction et si, en retour, le « laboratoire européen » peut servir de « test grandeur nature » au paradigme de la traduction. Mesurer la fécondité de cette rencontre consistera à s’interroger sur la plus-value mutuelle qu’elle génère, en sondant d’une part la contribution du paradigme de la traduction à une meilleure appréhension de la production juridique européenne, et en se demandant d’autre part si notre « intuition traductrice » sort renforcée et affinée de sa confrontation à la réalité des droits européens.